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“Interdire toute prise d’image est une mesure disproportionnée, anachronique, dangereuse et inefficace.”

Floran Vadillo
3 minutes de lecture

L’Hétairie avait réalisé en 2018 un rapport sur le maintien de l’ordre public qui listait 33 propositions, dont celle de banaliser la prise d’images par les manifestants et les journalistes. Aujourd’hui, on va dans le sens inverse avec l’article 24. Pourquoi faut-il banaliser cette prise d’images selon vous ? 

Toute autorité, et non pas spécifiquement celle exercée par les forces de sécurité intérieure, gagne à ce que des regards extérieurs soient posés sur son action. Le principal bénéfice réside dans l’obligation d’interroger ses pratiques pour les justifier ou en répondre. La publicité participe d’une dynamique vertueuse même si elle est astringente pour l’entité qui doit s’y soumettre. Dans le cas des forces de sécurité intérieure, cette exigence est accrue par les capacités de contrainte et d’entrave qu’elles exercent. Cela suppose de mettre en place des dispositifs de contrôle internes et externes variés et complémentaires (dont beaucoup sont hélas défaillants). Parmi ceux-ci, le contrôle que les citoyens exercent ne doit pas être négligé dans la mesure où il fonde notre contrat démocratique (la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen l’évoque en son article 15). D’autant plus que ces capacités de contrainte et d’entrave s’exercent directement sur les citoyens, à leur bénéfice ou à leurs dépens.  Il faut ajouter à cela que les dernières années ont rehaussé la sensibilité de la relation police/population avec une dénonciation croissante de violences policières. Or, ce problème ne relève pas que du ressenti. A titre d’exemple, la doctrine du maintien de l’ordre française est sujette à caution; elle conduit indubitablement à trop de violence, de part et d’autre. Filmer les manifestants pour judiciariser des comportements délictueux est indispensable. Mais laisser les citoyens filmer les policiers l’est tout autant car, avec le contrôle hiérarchique, c’est le seul contre-pouvoir qui s’exerce en opération. Et ce contre-pouvoir s’exercerait au bénéfice des forces de sécurité intérieure, souvent accusées à tort. L’exercice de la contrainte et de l’entrave dans une société démocratique contemporaine suppose la publicité. La contrepartie est une protection de l’anonymat des agents publics, une protection fonctionnelle efficace et une répression féroce contre toute incitation à la haine. Mais interdire toute prise d’image est une mesure disproportionnée, anachronique, dangereuse et inefficace.

Vous recommandiez également d’améliorer la communication entre les forces de l’ordre et les manifestants, avant mais aussi pendant, avec des grands panneaux lumineux et des médiateurs ; pourquoi est-ce fondamental aujourd’hui ? 

Dans une manoeuvre d’ordre public, si un dialogue n’existe pas entre les forces de sécurité et les manifestants, les incompréhensions peuvent conduire à des débordements dangereux. Or, les nouvelles formes de mobilisation et d’action politiques minorent le rôle des organisateurs. Les forces de l’ordre n’ont donc plus d’interlocuteur naturel, efficace et permanent. Il faut remédier à cette situation de manière urgente et moderniser cette communication dont toutes les manifestations démontrent son caractère dépassé.

Vous proposiez enfin de diversifier les armes et de renforcer les moyens matériels des forces de sécurité (notamment canons à eau), pourquoi ? 

L’ordre public est une technique qui nécessite des équipements adaptés dans une perspective de proportionnalité. Diversifier l’équipement revient donc à accroître l’efficacité des réponses à des situations variées. Cela offre aussi la possibilité d’éviter le plus possible le contact entre les manifestants et les forces de l’ordre. La protection est donc réciproque; elle est donc nécessaire.

Est-ce que la situation actuelle, avec de nombreuses violences policières et une hausse des blessures (des deux côtés) est une conséquence du manque de moyens (comme le matériel) ou bien la conséquence d’un changement de doctrine qui veut aller davantage au contact ? 

Cette situation procède à la fois d’une doctrine éculée et dangereuse, de moyens obsolètes, de forces de sécurité épuisées et de manifestants violents (pour une portion d’entre eux). Elle s’exacerbe du fait de la défaillance des ministres de l’Intérieur successifs. En effet, ceux des ministres qui décident d’être “le premier flic de France” renoncent en réalité à exercer leur fonction essentielle : celle de diriger une administration dont ils doivent être, non pas solidaires, mais responsables. Cet affaissement de l’esprit critique et de la capacité de prise de hauteur exacerbe les postures (qu’elles soient corporatistes ou de dénonciation), ce qui vicie le débat démocratique et finit par abandonner les forces de sécurité à elles-mêmes, sans défenseur objectif et considéré comme tel.

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