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Jacques Testart, le père scientifique de la FIV, alerte sur les dérives transhumanistes de Crispr

Jacques, Eliott, Raphaël
13 minutes de lecture

Directeur de Recherche honoraire à l’I.N.S.E.R.M, biologiste de la procréation, Jacques Testart est le père scientifique d’Amandine, premier « bébé éprouvette » né en France en 1982 par fécondation in vitro. Il est également fondateur et président d’honneur de l’association « Sciences Citoyennes ».

Comment s’articulent aujourd’hui les questions d’éthique autour de la recherche médicale ?

Il existe de nombreux comités d’éthique, le plus important étant le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) patronné par Jean-François Delfraissy, également président du Conseil Scientifique Covid-19. Il y a d’autres comités plus ou moins influents, ainsi que des instances tels que l’Académie de Médecine, l’Académie des Sciences, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Ce ne sont pas des comités d’éthique à proprement parler mais ils délivrent des rapports au moment des révisions des lois de bioéthique. Le comité d’éthique de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), sans doute l’institut le plus influent sur les sujets de recherche médicale, a aussi publié il y a plus d’un an un texte pour préparer les lois de bioéthique.

Je constate deux choses. D’abord, tous ces rapports se ressemblent et convergent sur une absence d’interdiction. Toutes les propositions d’éthique sont de plus en plus permissives. Tous ces organismes ont beau mettre en avant des principes de précaution, du respect de la personne humaine, de moins en moins de pratiques sont prohibées en vérité. Ensuite, je remarque que depuis trente ans, les comités d’éthique ne reviennent jamais sur leurs décisions. Il ne faudrait jamais revenir en arrière parce que les autres avancent autour de nous, dans d’autres pays. De sorte qu’avec le temps qui passe, tout finit par être autorisé. Cela vaut également pour CRISPR ou l’édition du génome humain en général, dont les pratiques sont encadrées par un comité international d’éthique qui prétend à beaucoup de précautions, des principes avec lesquels, sur le papier, on ne peut qu’être d’accord.

CRISPR cristallise les débats éthiques sur la recherche sur les embryons. N’est-elle pas suffisamment encadrée à l’heure actuelle ?

La recherche sur les embryons est encadrée par l’Agence de la Biomédecine. Ce n’est pas un comité d’éthique mais une agence destinée à gérer les pratiques. Or, il se trouve que la loi qui interdisait la recherche sur les embryons l’avait finalement autorisée dans certaines conditions, lesquelles s’assouplissent progressivement. Si bien qu’aujourd’hui, la recherche est permise à condition de ne pas transplanter dans l’utérus les embryons issus de ces manipulations.

Le comité d’éthique de l’Inserm est partisan, dans certains cas, de pousser la démarche scientifique jusqu’au bout en transplantant ces embryons afin d’évaluer les résultats. C’est quelque chose que l’on fait déjà chez les animaux, ce qui est tout à fait logique. Mais on voit mal comment on va pouvoir l’appliquer chez l’humain. En utilisant des mères porteuses ? Rémunérées sur recommandation du Comité d’éthique ? Et on les fera avorter en cas de problème ? On est dans un monde fou !

La technologie CRISPR pose-t-elle de nouvelles questions éthiques ? Après tout, ce n’est pas la première fois que nous touchons au génome humain…

Le problème n’est pas de manipuler le génome d’un individu, on le fait déjà avec la thérapie génique. Le génome n’est donc pas tellement sacralisé. Mais les thérapies géniques se font sur des cellules somatiques (des cellules non-reproductives, ndlr). Cela signifie que la personne en question ne va pas transmettre ces particularités. Maintenant, si vous touchez aux cellules reproductives, là, vous êtes susceptibles de modifier la lignée humaine, ce qui est beaucoup plus grave.

CRISPR risque de nous emmener sur cette voie ?

Pour être honnête, je pense que CRISPR n’est pas un outil extraordinaire. Il méritait sans doute le prix Nobel car théoriquement il y a du travail, des acquis, mais pratiquement, CRISPR n’est pas très efficace. Dans le dernier numéro de Nature, trois articles montrent que, sur l’embryon humain, CRISPR provoque des anomalies incontrôlées du génome. Autrement dit on ne maîtrise pas encore suffisamment cette technologie, surtout sur l’espèce humaine. Et on peut se demander si on parviendra à une maîtrise absolue du génome quand on constate notre impuissance depuis plus de 30 ans sur les végétaux OGM.

D’autant que nous n’avons aucun recul sur les effets à long terme d’une manipulation génétique sur des cellules impliquées dans la reproduction humaine. Rien ne dit que les générations suivantes ne vont pas développer des pathologies graves que l’on ne contrôle pas aujourd’hui…

On ne sait pas du tout ce que cela va produire, ni au niveau biologique, ni au niveau psychologique, ni au niveau social. Mais tout cela est bien sûr écrit dans les rapports de bioéthique : il faut être précautionneux, s’assurer de la faisabilité des manipulations génétiques que l’on souhaite effectuer avant de la mettre en application.

Le gros problème de CRISPR ou d’autres techniques « d’édition du génome », c’est que certains s’en servent pour avancer leur idéologie transhumaniste. Une idéologie de l’exagération, de la promesse qui ne repose pas sur grand-chose. On nous raconte un tas d’histoires, quand bien-même CRISPR n’est pas maîtrisé dans ses effets. C’est un peu un cache-sexe pour avancer l’idée que « rien n’est impossible ». Avec l’apologie de CRISPR, on est en train de changer la mentalité des gens pour les habituer à accepter l’idée qu’une technique de modification des embryons est recevable.

Mais je pose une autre question : que l’on croit ou pas au potentiel de la technologie CRISPR pour modifier l’embryon humain, doit-on vraiment la mettre au point ? Si oui, dans quel but ? Pour éviter que le génome ne porte certaines maladies génétiques ? On le fait déjà à travers le tri des embryons lors de n’importe quelle fécondation in vitro. Il faut savoir qu’une FIV produit généralement entre 5 et 10 embryons. Or, depuis 1994, la loi de bioéthique prévoit qu’en cas d’anomalie grave détectée sur ces embryons, on est autorisé à faire le tri. Pourquoi aller corriger des embryons anormaux alors qu’on sait qu’il y a quasiment toujours au moins un embryon normal dans chaque « portée » ? C’est là que je trouve qu’il y a une absurdité qui cache une volonté prométhéenne reposant sur du vent. Je suis agacé par le fait que tout le monde n’ait plus que CRISPR à la bouche. C’est devenu une espèce de clé qu’on rentre dans la tête des gens avec des promesses que tout va s’arranger, tout va aller mieux.

CRISPR ne permettrait-il pas de faire un tri beaucoup plus fin ?

CRISPR est fait pour modifier et le tri n’en a pas besoin. En effet, les japonais ont montré il y a cinq ans qu’on peut fabriquer des gamètes à partir de cellules banales, somatiques. Cela a été démontré chez la souris : les chercheurs ont obtenu des rongeurs normaux qui ont été capables de se reproduire. Etant interrogé par la commission parlementaire à chaque révision de loi de bioéthique, j’ai très vite alerté sur les dangers que représentent ces applications. Que va-t-il se passer si on met au point cette technologie ? Nous n’aurons plus 5 à 10 embryons par couple, mais 100, 1 000, 10 000, puisque n’importe quelle cellule sera susceptible de devenir un gamète, puis un embryon. Autrement dit, nous aurons un diagnostic préimplantatoire ouvert à toute sorte de traits génétiques, le tri pourra porter sur un tas de critères. On peut imaginer que, dans 10 ou 20 ans, tous les enfants seront conçus de façon totalement contrôlée à partir de l’état embryonnaire. D’autant que la FIV deviendrait une pratique totalement indolore pour les patient-e-s, leur contribution consistant en un simple prélèvement de cellules de la peau. Et puisque la PMA va s’ouvrir à tout le monde, sans cause d’infertilité…

Les comités d’éthique devraient interdire des choses pareilles. Mais leur réponse a été de vouloir pousser cette recherche dans un but de compétitivité par rapport aux autres pays, qui autorisent ces pratiques, afin de produire de façon quasi-industrielle des gamètes en abondance. En somme, si je ne vois pas l’intérêt de CRISPR dans la procréation, je vois tout à fait le danger du tri des embryons.

On est en plein eugénisme. Expliquez-nous en quoi il est problématique de sélectionner les bons gènes et de laisser de côté les mauvais ?

On commence tout juste à être sensibilisés aux problématiques de biodiversité. A se rendre compte qu’il faut préserver les espèces. On comprendre l’intérêt de prendre soin des papillons, des plantes, et c’est très bien. Mais les gens ne comprennent pas encore la nécessité de la biodiversité humaine. Or, il faut savoir qu’on ignore à peu près tout de la fonction des gènes aujourd’hui. On fait de la géographie, on sait où ils sont placés, mais on ne fait pas de la sociologie, on ne sait pas à quoi ils servent exactement car leurs fonctions se combinent dans une énorme complexité. Dans ce contexte, il est absurde d’imaginer trier les bons et les mauvais gènes ! Et potentiellement très grave ! Par exemple, la diversité du génome est fondamentale pour résister à des maladies. Au moyen-âge, 30% des gens n’ont pas attrapé la peste. On comprend aujourd’hui que ces gens-là avaient des caractéristiques génétiques qui les en protégeaient. Vous imaginez si, demain, nous réduisons la diversité du patrimoine génétique humain au nom d’une « normalité » arbitraire…

En somme, nous pourrions regretter demain la vision imparfaite que nous avons aujourd’hui du génome ?

Si nous arrivons à produire une grande quantité d’embryons d’un couple que l’on pourrait trier sur la base de nombreux paramètres, et pas simplement sur des maladies génétiques graves comme le permet la loi bioéthique, alors les gens, qui à juste titre sont inquiets pour la santé de leur futur enfant, vont se jeter dessus ! Résultat : si la pratique est vraiment généralisée, en quelques générations nous pourrions aller vers une modification du génome de l’espèce humaine. Trier des embryons parait plus innocent que de les modifier. Mais c’est en réalité beaucoup plus dangereux, car beaucoup moins complexe et coûteux, et aussi plus sûr que la modification avec CRISPR. A la fin, on renforce la même idéologie : refuser toute différence avec une norme hypothétique qui serait l’homme « normal », que personne ne saurait définir. Fort heureusement l’humanité est pleine de variations.

Il y a quelque chose d’éthiquement paradoxale dans la recherche actuelle : les lois ouvrent de plus en plus la possibilité de faire des expérimentations sur des cellules embryonnaires humaines, tandis que l’on restreint les expérimentations animales…

Les chercheurs ont effectivement moins de problèmes s’ils travaillent sur l’humain que sur des animaux, surtout depuis l’offensive des courants antispécistes… De plus, cela coûte moins cher chez l’humain : certains actes sont pris en charge par la sécurité sociale, de nombreux produits sont offerts par l’industrie pharmaceutique, vous pouvez faire appel à des infirmiers ou des infirmières, plutôt que rétribuer des animaliers, et si vous avez de bons résultats scientifiques, vous aurez davantage de chance de passer à la télé et d’être invité à des congrès à Honolulu ! Tandis que si vous travaillez sur des souris, tout cela vous coûte une fortune, le ministère de l’agriculture surveille vos activités de très près et vous oblige à passer un diplôme. Un médecin peut opérer un être humain, mais pas une souris !

Comment expliquer que cette réflexion éthique ne soit pas plus globale ?

Le gouvernement a beaucoup plus peur des défenseurs des animaux, très influents auprès de l’opinion publique, que les défenseurs de l’humanité. Il y a 25 ans j’avais voulu monter un centre de recherche où je proposais d’utiliser le singe comme modèle de recherche pour la reproduction humaine. Toutes les techniques développées après la fécondation in vitro auraient été testées d’abord sur la souris, puis les primates, avant de passer à l’humain. On m’a expliqué que si on faisait ça on aurait de la casse dans l’élevage, des manifestations, des attentats…et qu’en plus ça coûterait très cher. J’ai fini par abandonner.

Evoquant le sujet épineux des OGM en France, Emmanuelle Charpentier affirmait en 2016 : « Je ne sais pas si, étant donné le contexte, j’aurais pu mener à bien le projet CRISPR/Cas9 en France. Si j’avais fait une demande de financement, il est probable que l’Agence Nationale de la Recherche n’aurait pas alloué de fonds à mon projet ».

Je ne vois pas pourquoi ! Son projet de recherche destiné à montrer la maîtrise du génome est tout à fait dans l’air du temps ! Si elle avait proposé de modifier des embryons humains, elle n’aurait pas eu de financement et n’en aurait toujours pas aujourd’hui. Mais faire des recherches sur des cellules de l’animal pour essayer de mieux comprendre le fonctionnement du génome et éventuellement modifier l’ADN, c’est ce que font plein de chercheurs en France et ailleurs ! Certes, elle aurait peut-être eu moins de moyen parce que la recherche en France est pauvre, mais c’est tout !

Au fond, n’est-on pas, avec la technologie CRISPR, dans une gestion du risque classique pour laquelle on autorise la mise sur le marché d’un médicament uniquement lorsque le rapport bénéfice/risque est jugé acceptable ?

Cela diffère théoriquement car les tenants de CRISPR affirment qu’ils ont enfin une technique sûre, qu’ils agissent là où ils veulent sur le génome. C’est ce que disaient déjà les fabricants de plantes transgéniques dans les années 90 : la technique était jugée sûre, on agissait vraiment précisément, il suffisait de modifier un gène et la plante serait capable de résister à la sécheresse, à un parasite, etc… Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé ! En réalité, lorsque vous travaillez sur un poireau, vous allez tester votre technique d’édition génétique sur des centaines de milliers d’individus (en terme de poireaux, ndlr). Et parmi tous ces poireaux modifiés, transgéniques, vous en choisirez un ou deux qui vous paraîtront convenables. Car, même si l’on vous dit que la technique est sûre et efficace, ça ne se passe jamais comme on veut. Il y a beaucoup de hasard dans les nouvelles propriétés que l’on inflige à ces organismes. La plupart ont des effets indésirables, que l’on ne comprend pas du tout. On sélectionne seulement celles qui ont l’air de fonctionner. Mais si on veut modifier un embryon humain il n’y en a qu’un !

D’autant que certaines pathologies, que l’on pense génétiques, peuvent se révéler en réalité multifactorielles ?

S’agissant des thérapies géniques, je suis à titre personnel en bagarre depuis 25 ans contre ces histoires de correction du génome humain, d’opération Téléthon. Je trouve scandaleux de laisser croire que nous sommes sur le point de trouver la technologie miracle. On utilise la crédulité des gens qui, du coup, donnent 100 millions d’euros tous les ans pour ce type de recherche, ce qui est une somme considérable. Nous attendons toujours les résultats. Je ne suis pas opposé à ce qu’on fasse des recherches là-dessus, cela pourrait finir par payer, mais je refuse de poser ça comme la solution à tous nos problèmes. Il existe beaucoup d’autres handicaps sans origine génétique et pour lesquels on ne mène aucune recherche.

Vous dites que dans cette période difficile marquée par le changement climatique, la crise sanitaire, nous devrions mobiliser nos efforts autrement… sur les méthodes déjà acquises, par exemple.

Oui, il y a deux discours posés l’un à côté de l’autre, qui sont complètement contradictoires et personne ne semble s’en émouvoir. Ouvrez un journal. Sur la première page, vous allez lire : « CRISPR, une invention extraordinaire, nous avons trouvé une technique révolutionnaire qui permettra de faire tout un tas de choses sur l’espèce humaine… d’ici 15 ou 20 ans ! » Puis vous tournez la page du journal et vous lisez que, dans 15 ou 20 ans, c’est la catastrophe : la température, les mers vont monter, la biodiversité va s’effondrer. La différence avec la première page, c’est que l’on parle ici de faits réels, prévisibles, scientifiquement prouvés. Cela me paraît fou que les deux discours puissent se développer simultanément. Aujourd’hui les hypothèses futuristes peuvent faire rêver des gens, qui pensent que l’espèce humaine est destinée à devenir immortelle. Mais quand nous aurons vraiment des problèmes pour nous nourrir, que nous verrons apparaître de nouvelles maladies… alors toutes les conneries des transhumanistes nous paraîtront dérisoires ! L’année que nous venons de vivre devrait nous faire réfléchir là-dessus. La période qui suit sera sûrement pire et n’est pas du tout à développer des technologies génétiques très chères (on en est à 2 millions d’euros par patient…), qui ne permettront pas de soigner la misère du monde.

Comment expliquer que le prix Nobel ait été attribué aussi rapidement, huit ans après la découverte de CRISPR, une technologie que vous présentez comme très peu mature ?

De mémoire, c’est en effet la première fois qu’un prix Nobel est attribué aussi rapidement. Par exemple, l’anglais Robert Edwards a reçu le prix Nobel en 2010, trois ans avant sa mort, pour ses travaux sur les bébé éprouvettes commencés en… 1965. La première FIV, elle, a eu lieu en 1978 !

Pour CRISPR, je pense que c’est de l’idéologie. Cela rentre parfaitement dans le cadre du transhumanisme. Je ne dis pas que Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier sont des transhumanistes, mais la plupart des chercheurs sont, sans doute inconsciemment, dans une logique de domination, de victoire éternelle de la science sur la nature, et ne prennent pas en compte les misères et les réalités du monde. Les transhumanistes sont par exemple totalement aveugles aux questions environnementales. L’homme est un objet d’étude allongé sur une paillasse, déconnecté de la nature et de la société. Le prix Nobel fait partie de ce travail idéologique pour lequel beaucoup de gens s’agitent pour dire que seule la science va nous sauver.

Enfin, derrière CRISPR, il y a beaucoup d’argent en jeu. On l’a bien vu autour de la question des brevets, avant-même l’attribution du prix Nobel. Voilà à quoi sert la science !

Votre critique porte plus largement sur la façon dont la science est menée dans les laboratoires…

En effet. A Sciences Citoyennes, l’association que j’ai co-créée, on parle de sujets scientifiques qui ne font pas aujourd’hui l’objet de recherches. Il y a plein de sujets de ce type qui sont intéressants, sur lesquels personne ne met le moindre argent, mais que les citoyens approuveraient si on leur demandait leur avis. Bien sûr, la recherche n’a pas les moyens de tout faire, il y a forcément des choix à faire, mais ce que je regrette, c’est que la définition de ces priorités passe par des lois telles que la loi pour la programmation de la recherche, qui vient d’être votée. Or, ces priorités sont avant tout dictées par les lobbys de l’industrie mais aussi par les lobbys de certains scientifiques, qui se positionnent sur un créneau à la mode et réclament davantage de financement pour leur propre laboratoire. L’ennui, c’est qu’ils n’imaginent pas que leur labo puisse être utilisé à faire autre chose. Comme les travailleurs de l’aéronautique ou du nucléaire peinent à accepter leur reconversion.

A Sciences Citoyennes, nous proposons par exemple la mise en place de conventions de citoyens tirés au sort, lesquels décideraient des priorités de la recherche. Cela peut paraître fou, mais c’est possible ! Les gens ne sont pas idiots. A partir du moment où on leur donne une formation, par des experts contradictoires issus de disciplines très variées, ils seront capables de dire s’ils préfèrent avoir une recherche sur l’agrobiologie plutôt que sur la thérapie génique. Bref, mettre le paquet sur des domaines qui nous amélioreraient la vie et où l’on manque beaucoup de connaissance.

Au fond, quand on parle de science et de technologie de pointe, on en arrive à des choses basiques telle que la démocratie. Si la recherche doit être faite pour le bien commun, alors ce sont aux gens d’en décider. Mais puisqu’il y a de moins en moins d’argent public et de plus en plus de partenariat public-privé, on s’éloigne assurément de cet idéal.

Interview réalisé par

Eliott Teston

Chimiste de formation, Eliott fait aujourd’hui de la recherche en biologie vasculaire à l’hôpital universitaire de Leiden aux Pays Bas

Raphaël Chevrier Docteur en physique, chroniqueur scientifique, auteur de “Ça alors! Histoire de ces découvertes que l’on n’attendait pas” (La librairie Vuibert, 2018) et de “Comment avoir un avis sans raconter n’importe quoi. La science et les grandes questions d’aujourd’hui” (à paraître aux éditions Buchet-Chastel en mars 2021).

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